Il est plus facile pour un chameau...

Publié le par gem de modestine

Il est plus facile pour un chameau...
Il est plus facile pour un chameau...

Un jour, j'ai eu envie de vivre avec les autres; j'en ai touché la nécessité, ou bien alors le besoin s'est fait si impérieux qu'il est devenu envie. Ce qui est le mieux.

Longtemps j'ai arpenté les montagnes; j'étais un peu comme le fou biblique et les oiseaux; pour peu qu'ils soient porteurs de jugement; devaient me trouver hirsute et inachevé. Je mordais des rochers pour les entendre crier mais les rochers ne disaient mot. Ils étaient sans réponse à ma solitude et à mes questions qui n'en étaient pas. J'ai donc appris que mordre des rochers n'est pas aimer et que l'on ne saurait aimer sans racine. Je relève simplement aujourd'hui qu'il est plus facile de dire "je n'aime pas les autres" que de concevoir la capacité d'affirmer le contraire, et je constate juste que "celui qui n'aime pas" s'efforce d'ignorer la plupart du temps ce qui en lui et en l'autre est commun. Comment donc aimer cet autre si encombrant; cet "autre-là" asocial, exclus, informe et si visiblement déshérité; affligé de toutes les apparences du rejet, sorte de pauvre, voire de super-pauvre; celui qui ne reviendra pas des sous-sols de l'humanité.

Or, toutes ces représentations de l'exclusion sont miennes. Si tu ne me connais pas, je ne suis que cela, tout cela, c'est-à-dire plutôt les restes. Aucun de ces défauts ordinaires, si ordinaires qui stigmatisent ne me manquent. La vie et ce qui la nourrit vient donc d'ailleurs. Je peux donc m'autoriser à regarder ce qui semble affliger l’autre et à en éprouver en moi la présence, ne serait-ce qu'en germe: la colère, la haine, la défiance, la honte, la culpabilité. Mais ce que j'aspire à porter, j'accepte également d'en attendre en l'autre la manifestation, tout ce qui pourrait produire de la clarté, de l'attention , de la chaleur, quelque chose de précieux qui fait de la relation cette chose particulière que l'on peut vouloir rechercher. Je fais ce choix, je veux faire ce choix, convaincu qu'il est en nous de même nature, de celle qui nous arrache à l'ignorance, à l'inconnaissance; qu'il est étonnant et source d'étonnement.

Avant j'étais attiré par les déserts, comme si ce que je voulais entendre résonner en moi ne pouvait tolérer de témoins...Il faut encore que je réfléchisse à tout cela; longuement mais avec le sentiment que le temps ne m'est plus compté. Je crois que l'homme est comme une eau. Et s'il veut marcher, alors il devient ruisseau, cascade, rivière ou fleuve; c'est selon ses besoins profonds qu'il est en droit d'irriguer ce qui lui est propre. Il est très facile de se noyer ou de noyer les autres dans des considérations stériles sur l'état de l'homme et dans la description des bouées, épaves et boulets...Je crois que je vais apprendre à nager.

Stéphane (donc...)

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